Commencer la diversification alimentaire

La médecine moderne, dans un désir louable d’éviter les problèmes associés aux mauvaises habitudes alimentaires, a mis au point des règles concernant l’alimentation des bébés qui en ont fait un exercice compliqué, effrayant et fastidieux. Ces règles sont encore plus compliquées lorsque les parents doivent choisir les “bons aliments” pour leurs enfants, particulièrement ceux qui sont encore trop jeunes pour choisir eux-mêmes.

 

La plupart des sociétés de pédiatrie, y compris la Société canadienne de pédiatrie et l’Académie Américaine de Pédiatrie, sont d’accord avec la déclaration de l’Organisation Mondiale de la Santé selon laquelle les bébés devraient être nourris exclusivement au sein pendant les six premiers mois et que les aliments solides devraient commencer à l’âge de six mois. Cela semble assez simple, et même aucunement compliqué. Mais à y regarder de plus près et lorsque nous essayons de nous confronter à la réalité, certains problèmes émergent.

 

Il convient de souligner que la durée normale de l’allaitement maternel est habituellement d’environ 3 à 5 ans et plus, car les bambins et les jeunes enfants ont besoin de téter non seulement pour se nourrir mais également pour l’aspect relationnel.

 

Il vaut la peine de se rappeler que ces déclarations de l’OMS, de la Société canadienne de pédiatrie et de l’Académie Américaine de Pédiatrie, ainsi que d’autres sociétés pédiatriques de par le monde, sont des déclarations de santé publique et s’appliquent à la plupart des bébés, mais pas nécessairement à tous. Peut-être peut-on dire que ces déclarations sont une approche « idéale » pour débuter la diversification alimentaire, mais qu’il y des moments ou des bébés pour lesquels elles peuvent être inappropriées.

 

Malheureusement, trop souvent, les mères qui m’écrivent au sujet de leur bébé qui semble avoir faim – leur bébé qui aura 6 mois dans une semaine – diront, en réponse à ma suggestion (entre autres) de débuter la diversification alimentaire : “Nous prévoyons de la commencer la semaine prochaine”.

 

Est-ce vraiment ce que l’OMS et d’autres déclarations suggèrent, à savoir que le bébé doit avoir exactement 6 mois, 182,5 jours, avant de commencer à manger ? Je ne pense pas que ce soit le cas.

 

Voir à la fin de cet article quelques situations inhabituelles en ce qui concerne l’alimentation, sous le titre de « Baisse de lactation tardive » et « Cétose ».

 

Pourquoi y aurait-il des exceptions ?

 

La réponse évidente est que tous les bébés ne sont pas identiques ; ils atteignent des stades de développement à des moments différents et il est plus important pour les parents de surveiller les signes indiquant que le bébé est prêt à débuter les aliments solides que de regarder strictement le calendrier. Le début de l’intérêt pour l’alimentation varie également, tout comme le moment où un bébé s’assoit sans soutien, dit des mots ou marche de façon indépendante.

 

Il semble évident que le bébé devrait décider quand il est prêt à manger, et les parents sont généralement conscients que leur bébé commence à s’intéresser à la nourriture. Vers l’âge de quatre mois, de nombreux bébés commencent à s’intéresser à ce que mangent leurs parents. Le bébé, assis sur une chaise haute (à quatre mois, il est généralement calé par des coussins) ou sur les genoux de l’un de ses parents pendant qu’il mange, peut suivre avec intérêt la progression de la cuillère ou fourchette de l’assiette à la bouche du parent. À peu près au même moment, le bébé commence à développer la coordination œil-main qui lui permettra de ramasser de la nourriture et d’autres objets et de les mettre dans sa bouche.

 

Vers l’âge de 6 mois, de nombreux bébés essaient d’atteindre de la nourriture et beaucoup, si celle-ci est à portée de main, essaieront de la prendre et de la mettre dans leur bouche. Cela semble être le bon moment pour commencer à offrir de la nourriture au bébé.

 

Not necessary to wait until 6 months exactly

Ce bébé a presque 6 mois, mais pas tout à fait. Il est de manière évidente intéressé par la nourriture. Les parents devraient-ils attendre jusqu’à 6 mois exactement ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, certains bébés semblent très impatients de commencer les aliments solides avant l’âge de 6 mois. Pourquoi les parents devraient-ils se sentir obligés d’attendre les 6 mois magiques ? Commencer plus tôt que 6 mois, disons, 5 mois et 1 semaine, serait, à mon avis, parfaitement approprié, MAIS, s’il vous plaît, lisez le paragraphe en fin d’article sur la baisse de lactation tardive .

 

Commencer à cet âge, toutefois, dépend du désir du bébé de commencer la nourriture, et non du désir des parents de commencer la « vraie nourriture » par opposition au lait maternel (qui ne serait pas une « vraie nourriture »), comme le décrivent assez souvent les grands-parents, désireux de pouvoir enfin participer à l’alimentation du bébé Ou, trop souvent, malheureusement, en raison d’un manque de confiance dans l’allaitement maternel, même si le bébé est heureux et prend correctement du poids.

 

Une remarque, cependant, au sujet du bébé de 5 mois et 1 semaine très intéressé par les solides. Outre l’importance de s’assurer qu’il continue à téter suffisamment et que la mère n’a pas eu de diminution de lactation, il est vrai que le bébé peut être plus heureux de manger de la nourriture. Mais il est plus important de s’attaquer au problème éventuel de la diminution de la lactation. Le lait maternel est toujours l’aliment le plus important à cet âge.

 

Et dans un monde où les fabricants de préparations pour nourrissons continuent de réclamer que les aliments et les préparations pour nourrissons soient introduits de plus en plus tôt et où la politique publique de six mois d’allaitement maternel exclusif est de plus en plus remise en question, il convient de réaffirmer avec force auprès du public l’importance d’allaiter exclusivement pendant six mois.

 

D’un autre côté, certains bébés peuvent ne pas montrer d’intérêt pour la nourriture jusqu’à, disons, 7 mois. Est-il acceptable d’attendre ? Bien sûr. Si tout va bien avec l’allaitement du bébé, alors ça va, pas de problème.

 

Le bébé montre qu’il est prêt ; commençons la diversification alimentaire

 

Votre bébé a environ six mois et semble prêt à manger des solides. Quels aliments devriez-vous commencer à lui offrir ? Ce n’est pas vraiment compliqué : fondamentalement, la même nourriture que celle que les parents mangent, à quelques exceptions près (voir ci-dessous). Il n’y a aucun besoin d’aliments spéciaux pour les bébés en bonne santé et bien portants de 6 mois.

 

À l’âge de six mois, les bébés ont envie de manger les mêmes aliments que le reste de la famille. Pourquoi ? Eh bien, ce sont maintenant des êtres sociaux, et ils veulent participer aux mêmes activités que leurs parents et leurs frères et sœurs. C’est généralement assez évident pour les parents. Les bébés sont différents à 6 mois de ce qu’ils étaient à 2 mois. De plus, ils imitent le comportement des adultes. C’est de cette façon que les bébés apprennent, en imitant le comportement des adultes et des frères et sœurs plus âgés.

 

Les bébés sur les photos ci-dessous mangent ce que les parents mangent : à gauche, en mâchant un os de poulet et pourquoi pas ? A droite, le bébé mange un peu de viande.

 

Chewing on a chicken bone

Ce bébé, âgé d’environ 8 mois, mâche un os de poulet. Mieux qu’un anneau de dentition, non ?

Un bébé de 8 mois mange ce que mangent les parents.

Ce bébé a aussi environ 8 mois. Il mange de la viande. Et pourquoi pas ? Même nourriture que ses parents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et la photo ci-dessous ? Bébé et mère mangeant la même nourriture.

 

Parent and baby together

Bébé et mère mangeant la même nourriture, ensemble. Le bébé mange sans aide, il n’est pas nourri à la cuillère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manger a toujours été un événement social et familial jusqu’à récemment. “Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien” avec la famille autour de la table n’est plus la norme, semble-t-il. Mais si nous renforçons le caractère social de l’alimentation en ne nourrissant pas les bébés et les enfants différemment du reste de la famille, peut-être que toute la famille mangeant ensemble redeviendra une façon normale de manger.

 

Lorsque vous commencez à offrir de la nourriture à votre bébé, vous pouvez aussi lui donner de l’eau à boire dans une tasse ouverte ; pas besoin de tasses spéciales ou de tasses à becs qui sont essentiellement des biberons modifiés.

 

Et vous savez quoi ? Le bébé peut et devrait manger sans aide. Bien sûr, quelqu’un doit être avec lui quand il mange, mais le bébé n’a pas besoin d’être nourri à la cuillère. Il peut prendre la nourriture et la manger sans aide, avec les mains. Si vous n’aimez pas les saletés, il est temps de surmonter cela. Les bébés sont tout sauf soignés, comme vous le savez.

 

Les photos ci-dessous montrent des bébés qui ne se soucient pas vraiment de faire du gâchis. Peut-être que les parents ne devraient pas s’en soucier non plus. Si vous vous en souciez, mettez du plastique autour de la chaise haute.

 

Why worry about messy?

Ce bébé apprécie sa nourriture. Il ne se soucie pas beaucoup de la propreté. Vous ne devriez pas non plus. Laissez-le savourer sa nourriture.

Baby covered with food

Ce bébé a couvert la table de la chaise haute et une grande partie de lui-même avec la nourriture. Mais il est très heureux, non ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’en est-il de l’allaitement maternel à ce stade ?

 

Une fois qu’un bébé a six mois, toute l’attention se tourne vers la « nourriture » et très peu d’attention est accordée à l’allaitement maternel. Et il n’est pas rare que les gens croient, à tort, que le lait maternel ne contient plus les nutriments nécessaires dont le bébé a besoin.

 

L’idée est largement répandue parmi les médecins et les nutritionnistes selon laquelle il n’y a “rien dans le lait maternel” après environ 6 mois. Ceci est totalement faux. Voir plus bas dans la section « Baisse de lactation tardive » et « Cétose » pour plus d’informations.

 

L’allaitement peut et doit continuer après les six premiers mois et la nourriture est ajoutée à l’allaitement. La nourriture ne remplace pas l’allaitement maternel à ce stade et l’allaitement ne complète pas l’alimentation ; l’allaitement maternel est la nourriture principale. Si des problèmes d’allaitement apparaissent à ce stade, lorsque votre bébé a 9 ou 12 mois ou plus, ils peuvent être surmontés, et ce n’est pas un signe que votre bébé se « sèvre de lui-même ». Un bébé ne se « sèvre » pas avant l’âge de 2 ans et demi ou 3 ans. Le laps de temps entre 6 mois et 2 ans sert à donner au bébé le temps d’apprendre à manger la nourriture que mangent les adultes et à asseoir l’allaitement maternel et la nourriture comme deux aspects importants de l’alimentation normale.

 

Introduire le gluten

 

On a beaucoup parlé de la nécessité d’exposer les bébés au gluten tôt dans la vie, afin de prévenir le développement de la maladie cœliaque. Selon deux études assez sommaires, les bébés ont une incidence réduite de la maladie cœliaque plus tard dans la vie s’ils sont exposés à des aliments contenant du gluten entre 4 et 7 mois (pas avant 4 mois et pas après 7 mois).

 

Mais ces études n’ont rien prouvé. D’ailleurs, elles n’ont pas mis en évidence de diminution de l’incidence de la maladie cœliaque chez les enfants. Une étude américaine a révélé que les bébés qui avaient commencé à manger APRÈS 4 mois étaient mieux lotis que les bébés qui avaient commencé à manger AVANT 4 mois. Une étude suédoise n’a pas inclus la question de savoir si les bébés étaient allaités ou non. Depuis lors, de nombreuses études ont montré qu’il n’y avait pas de lien entre le moment où le gluten est introduit et la maladie cœliaque.

 

Dans tous les cas, il n’y a pas besoin de céréales pour exposer le bébé au gluten (voir ci-dessous).

 

Gluten exposure in a more delicious form than cereals.

Ce bébé est exposé au gluten d’une manière plus savoureuse qu’avec des céréales infantiles. Il n’y a pas besoin d’utiliser ces dernières, qui sont vraiment des aliments surestimés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les premiers aliments dont votre bébé n’a vraiment pas besoin

 

Lait artificiel, lait de suite (aussi appelé “lait de croissance”)

 

Votre bébé de six mois allaité qui apprend à manger n’a pas besoin de commencer à boire un lait artificiel ou un lait « spécial ». Et il est certain qu’un bébé de six mois qui mange de la nourriture n’a pas besoin d’un “lait de suite” ou d’un “lait de croissance”, peu importe à quel point la publicité est convaincante, même s’il recevait du lait artificiel avant la diversification alimentaire. Lorsque le bébé commence à manger de la nourriture, il peut maintenant se passer de suppléments de lait artificiel. Il n’y a pas de moment où votre bébé allaité en bonne santé, qui mange aussi une variété d’aliments, aurait besoin d’une préparation pour nourrissons après l’âge de six mois.

 

Ce n’est pas non plus le moment d’introduire les biberons. Les bébés allaités au sein devraient apprendre à manger des aliments normaux et à boire dans les tasses ouvertes qu’ils utiliseront plus tard dans leur vie.

 

D’où vient l’idée que les bébés ont besoin de ces produits ? Eh bien, comme mentionné ci-dessus, de la publicité. Les fabricants de lait artificiel savent où est l’argent. Comme Willie Sutton, un voleur de banque américain, l’a déclaré quand il a été capturé et qu’on lui a demandé pourquoi il volait des banques : “C’est là qu’est l’argent”. Bien sûr, les fabricants de lait artificiel ne volent pas les banques parce qu’ils ont des proies plus faciles : les parents qu’on inquiète par toutes sortes de stratégies suggérant que leurs bébés n’ont pas une « bonne alimentation ».

 

Mais il y a également l’idée largement répandue dans l’esprit des médecins selon laquelle les bébés entre 6 mois et 2 ans ont besoin de 900 ml (30 oz) de lait par 24 heures. C’est un pur fantasme. Les laits artificiels sont essentiellement des aliments solides liquéfiés. Les laits artificiels n’ont pas d’avantages par rapport à la nourriture normale. Si les parents veulent donner des produits laitiers au bébé, alors le fromage ou les yaourts sont très bien, et le lait liquide n’est pas nécessaire.

 

L’idée ancienne selon laquelle trop de lait de vache pourrait provoquer des saignements dans les intestins et une anémie chez le bébé plus âgé reste ancrée dans l’esprit des médecins plus âgés. L’image du gros bébé pâle reste profondément ancrée dans leurs souvenirs. Donc, pas de lait de vache ; seulement du lait artificiel. Et l’allaitement maternel ? Qu’est-il arrivé à l’allaitement dans ce tableau ? Le lait maternel ne provoque pas de saignement des intestins. Sauf, rarement, quand il y a eu une baisse tardive de la lactation, et alors ce n’est pas le lait maternel qui provoque le saignement, mais une diminution de la consommation de lait maternel par le bébé. Et le problème est corrigé en augmentant la consommation de lait maternel par le bébé.

 

Un argument souvent avancé est que si la famille ne peut pas se permettre de « bons aliments nutritifs », le bébé serait mieux avec un lait de croissance. Mais en fait, le coût d’un tel lait est plus élevé que la plupart des bons aliments nutritifs. De plus, le bébé peut et doit continuer à être allaité, ce qui lui assure une « bonne alimentation ».

 

Céréales commerciales pour bébés

 

Si le bébé mange des céréales commerciales pour nourrissons, il est clair pour lui qu’il ne mange pas ce que mange le reste de la famille, alors pourquoi lui donner cette nourriture?

 

Les céréales infantiles sont considérées comme de bons premiers aliments pour les bébés, mais elles ne le sont vraiment pas. À mon avis, elles ne sont pas bonnes, d’une part parce que le reste de la famille ne mange pas ce genre de choses, et d’autre part parce qu’elles introduisent essentiellement de la « restauration rapide instantanée » pour le bébé.

 

Les céréales commerciales pour nourrissons ont été introduites sur le marché de masse en Amérique du Nord dans les années 1920 et 1930. Les parents ont été encouragés à donner ces aliments très tôt, dès l’âge de 2 ou 3 mois, et parfois même plus tôt. En plus de rapporter de l’argent au fabricant, ils ont été promus comme fournissant au bébé des aliments “faciles à digérer”, contenant des éléments importants qui, selon le fabricant, n’étaient pas facilement disponibles dans les autres aliments donnés en premier. Et depuis lors, les parents s’inquiètent que le bébé manque de “nutriments pas facilement disponibles”.

 

Dans les années 1920 et 1930, alors que de plus en plus de pédiatres prônaient l’alimentation artificielle comme “l’alimentation scientifique du nourrisson”, souvent à l’exclusion de l’allaitement maternel, les céréales infantiles étaient une “assurance nutritionnelle” contre les nutriments manquant dans les préparations pour nourrissons de l’époque. Particulièrement dans les préparations maison (1 part de lait de vache, 2 parts d’eau, 1 cuillère à soupe de sirop de maïs et moins d’eau et plus de sirop de maïs au fur et à mesure que le bébé grandit).

 

Ces céréales, même les versions modernes, ont tendance à avoir un goût fade, au mieux, et mauvais, au pire. Et elles sont chères pour ce que vous obtenez d’un point de vue nutritionnel. En fait, la valeur nutritionnelle de la plupart des céréales commerciales est plutôt faible. Le seul élément nutritif que l’on croit avoir un intérêt potentiel, mais qui en réalité ne sert qu’à commercialiser le produit, est le fer qui a été ajouté. Mais la plus grande partie du fer, qui est mal absorbé, finit dans la couche du bébé. Et à cause des niveaux élevés de fer dans les céréales commerciales, celles-ci ont tendance à être constipantes.

 

Un autre brillant stratagème marketing ? Ajoutons un lait artificiel aux céréales infantiles ! Brillant en effet, que d’essayer de convaincre les parents que les céréales sont ainsi « meilleures que jamais » et de vendre plus de lait artificiel en même temps. Gagnant-gagnant pour les fabricants de lait artificiel.

 

En fait, les « besoins » en fer ont été très exagérés, en se basant sur le fait que le lait maternel ne contient pas beaucoup de fer. La nature a-t-elle raté quelque chose ? Quelle pourrait être la raison d’une quantité « insuffisante » de fer dans le lait maternel.

 

On a supposé, sur la base de la « théorie nutritionnelle », que la concentration faible de fer dans le lait maternel était une mauvaise chose. Les bébés exclusivement allaités en forme sont – ce dont il faut se souvenir et qui est trop souvent oublié – la norme physiologique. Ils sont supposés obtenir du fer à partir de trois sources – pendant la grossesse, à partir du sang de cordon à la naissance et du lait maternel qui contient du fer sous une forme très assimilable. Et il est tout à fait possible que la diminution des réserves de fer qui se produit chez le bébé exclusivement allaité vers l’âge de 6 mois ait un effet bénéfique sur la prévention des infections chez le bébé lorsqu’il commence à manger.

 

Des niveaux élevés de fer dans le tractus intestinal d’un bébé favorisent la croissance de bactéries pathogènes qui ont besoin de fer pour se multiplier, augmentant ainsi le risque d’infections graves. Quand le bébé aura six mois, il commencera à manger, mais à un âge où son immunité s’est développée au point qu’il pourra combattre ces infections, surtout s’il est toujours allaité.

 

Dans tous les cas, le fer peut se trouver naturellement dans des aliments autres que les céréales pour nourrissons (auxquelles il est ajouté artificiellement), et souvent l’absorption de ce fer est meilleure que celle du fer présent dans les céréales pour bébés.

 

 

Le dernier cri en matière de vente aux parents d’aliments inutiles pour leurs bébés

 

L’industrie de l’alimentation infantile ne perd aucune occasion de faire de l’argent sur le dos des parents qui veulent vraiment faire de leur mieux pour leurs enfants. Il existe désormais toute une gamme d'”aliments spéciaux pour bébés” dans des “sachets alimentaires”, et les parents sont convaincus que les bébés doivent commencer par des “aliments spéciaux” – légumes mixés, fruits et même repas entiers. Cela comprend des “tisanes” spéciales pour bébés, des biscuits spéciaux pour bébés (avec des “vitamines”) et même des pâtes spéciales, du jambon spécial et des yaourts spéciaux. Ainsi, au lieu d’apprendre à manger des aliments normaux, les bébés passent fréquemment d’un biberon à un autre type de biberon (la gourde) et d’une préparation pour nourrissons à une autre version de “préparation pour nourrissons”. En Europe, l'”eau pour bébés” est très populaire. À venir dans votre épicerie de quartier très bientôt ! Et combien coûtent-elles ? 1,5 litre en Europe coûte 1,75 euros. Pour de l’eau !

 

Grâce à ces aliments en sachets, les bébés peuvent téter et se nourrir à tout moment, même lorsqu’ils sont dans une poussette. Même à table, ces sachets se traduisent par des “aliments différents pour le bébé”, différence peut-être en partie surmontée par le fait que les autres enfants mangent aussi dans ces sachets.

 

Ces poches pour bébés et bambins ne sont finalement rien d’autre que des sortes de biberons. Les consultantes en lactation ont constaté que les bébés qui sucent ces poches régulièrement tètent moins bien le sein. Certaines ont vu plusieurs mères développer des mamelons douloureux sur le tard, qui se sont améliorés une fois qu’elles ont arrêté les sachets.

 

Bien que les sachets individuels semblent peu coûteux, en fait ils ne le sont pas. Un enfant se nourrissant dans les assiettes de la famille mangerait pour beaucoup moins d’argent que le coût d’une seule de ces poches. Et pensez à tous ces emballages non recyclables. Qui paie pour eux ? Pas le fabricant, c’est sur la facture des parents.

 

Beaucoup de ces sachets contiennent des quantités élevées de sucre qui, nous commençons enfin à le comprendre, peuvent contribuer au surpoids et à l’obésité chez les enfants et les adultes et au diabète de type 2.

 

Même Santé Canada affirme que les bébés de plus de 6 mois devraient boire dans une tasse ouverte, et non dans un biberon, et ne pas sucer une tasse à bec. Quelle est la différence entre une poche de nourriture et une tasse à bec, ou un biberon si l’on va par là ?

 

Quels aliments devraient être évités pour un jeune bébé?

 

Le seul groupe d’aliments à éviter est celui que l’on appelle « à risque d’étouffement ». Le type le plus connu de nourriture prenant la « mauvaise direction » (allant dans les poumons) était le maïs soufflé, bien qu’on se demande qui nourrirait de popcorn un bébé de 8 mois.

 

Santé Canada recommande de couper tout aliment dont la surface est glissante et qui pourrait potentiellement bloquer la trachée (grains de raisin entiers, par exemple). D’accord, c’est logique. Mais Santé Canada recommande également de couper les myrtilles en deux. Vraiment ? Qui va faire ça ? “Je viens de couper 5 myrtilles en deux et je pense qu’une partie de mon doigt y est mélangée”.

 

La baisse de lactation après les premiers mois, un problème important pour certaines mères dont la lactation a commencé par être très abondante et a diminué par la suite.

 

Dans certains cas de baisse tardive de la production de lait, les parents ont signalé que le bébé était très intéressé à manger des aliments bien avant ses 6 mois. Cette observation, en soi, peut ou non être significative, car nous avons tendance à observer une diminution tardive de la production de lait à peu près au même moment où les bébés s’intéressent, normalement, à la consommation d’aliments. Cependant, si nous combinons un intérêt précoce pour la nourriture et le fait que le bébé passe beaucoup de temps à sucer ses doigts ou à tirer sur le sein, ainsi que d’autres symptômes mentionnés dans l’article, je pense que, oui, dans certains cas, l’observation des parents va de pair avec une diminution tardive de la production de lait.

 

Cétose

 

Dans d’autres cas, lorsque la production de lait de la mère a diminué de façon significative, le bébé peut rester au sein une grande partie de la journée ou avoir une tétine dans la bouche une grande partie de la journée. Le bébé qui est au sein une grande partie de la journée sans prendre du poids est souvent interprété par ceux qui ne savent pas comment savoir si le bébé boit ou ne boit pas au sein, comme : “Le lait maternel n’a plus de valeur nutritive après un certain âge”, ce qu’on entend souvent après l’âge de 6 mois ou après l’âge de 1 an.

 

Le vrai problème, c’est que le bébé ne reçoit pas beaucoup de lait du sein. Ce que tant de professionnels de la santé ne comprennent pas, c’est qu’un bébé ne boit pas du lait simplement parce qu’il est au sein et fait des mouvements de succion avec sa bouche.

 

Et pourtant, logiquement, cela ne paraît avoir aucun sens qu’un bébé qui ne reçoit pas assez de lait pour prendre du poids refuse de manger des aliments solides. Cela est considéré comme une preuve par de nombreux pédiatres et nutritionnistes qu’il n’y a “rien dans le lait maternel après les premiers mois”. Mais ils peuvent seulement dire cela parce qu’ils ne regardent pas le bébé au sein, et même s’ils le faisaient, ils ne sauraient pas quoi observer.

 

D’un autre côté, on dit à la mècre que le bébé utilise trop d’énergie à téter toute la journée et épuise les calories qu’il reçoit du sein. Mais cela aussi est une idée fausse, basée sur la notion que les bébés “transfèrent le lait”. Les bébés ne transfèrent pas de lait ; ce sont les mères qui transfèrent le lait. Les bébés, bien sûr, font leur part dans le processus d’allaitement, leur succion stimule le lait à s’écouler du sein. Le bébé n’est pas un réceptacle passif, après tout.

 

Mais pourquoi le bébé refuserait-il des solides s’il prend peu ou pas de poids ? Il est vrai que le bébé ne reçoit pas beaucoup de nutriments et de calories, non pas parce qu’il n’y a rien dans le lait maternel après les premiers mois, mais plutôt parce que le bébé ne reçoit pas beaucoup de lait, point final. Et cela rend le bébé cétosique, tout comme les gens qui suivent les régimes à la mode dont le but est d’induire un état de cétose chez la personne. Lorsque vous êtes cétosique, vous perdez l’appétit. Ainsi, le bébé n’a aucun intérêt à manger des aliments solides, mais continue sur le sein parce qu’il y obtient réconfort et sentiment de sécurité, un autre concept que beaucoup de professionnels de la santé ne comprennent toujours pas.

 

L’autre déduction illogique souvent faite dans de telles situations est que le bébé est tout le temps au sein, et donc se remplit tellement de lait maternel qu’il n’a pas faim. Mais si c’était le cas, le bébé gagnerait du poids parce qu’il y a beaucoup de calories et de nutriments dans le lait maternel, assez pour lui faire doubler son poids de naissance en 3 à 4 mois d’allaitement seulement. Un bébé ne reçoit pas de lait du sein simplement parce qu’il est au sein et fait des mouvements de succion.

 

Drotis d’auteur: Jack Newman, MD, FRCPC, Andrea Polokova, 2018

 

Traduction de Starting babies on food, http://ibconline.ca/food/ par Vanessa Lasne LLL France

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